Une conférence dense, une centaine de participants à la maison des arts et métiers ! voir le programme
Ci après un compte rendu non exhaustif, reflet des passages qui m’ont paru les plus intéressants et significatifs.
Laurent Alexandre, Président de Doctissimo, est un personnage étonnant par son franc parlé. Issu du giron médical, de l’IEP et de l’ENA, précurseur de l’internet médical en France, il ne cache pas ses points de vue sur ce qu’il appelle le gâchis français cristallisé par l’ENA, l’administration outrancière, stérilisante et la lenteur affirmée des sociétés françaises à s’ouvrir aux technologies de l’information.
Il pointe notamment le décalage entre les débits dont nous disposons à la maison versus ceux disponibles dans l’entreprise. Au-delà de ce constat, la difficulté de l’entreprise réside aujourd’hui dans sa capacité à intégré la tranche d’âge des 18/30 ans, habituée à des outils ergonomiques dans leur pratique quotidienne d’Internet, qui se retrouve comme emprisonnée par de vieux logiciels dans les entreprises et n’y trouve pas son compte > perte d’efficacité, d’intérêt, d’adhésion …
Patron d’un des sites les plus consultés en France (8ième au classement médiamétrie en mai dernier), il estime que l’innovation dont la société de l’information à besoin aujourd’hui doit se concevoir hors du cadre strict des technologies pour aborder les univers de l’animation et du management des communautés en ligne (réseaux sociaux, indicateurs, psychologie).
Dans le domaine de l’innovation, les français sont qualifiés de bons voire excellents mais incapables de “faire du fric” et manquent d’un système huilé à l’américaine de type “small business act” ouvrant la porte de grands clients qui aident les “jeunes pousses” à apprendre (principe de la co-création).
Par ailleurs, le syndrôme du NIH (not invented here) touche nos populations qui ont toujours la velléité de refaire ce qui existe déjà, pensant faire mieux, évidemment …
Nous vivons aujourd’hui dans une société de l’instantanéité, aiguillée par la quête de “la bonne nouveauté”, dans laquelle les marchés sont plus complexes et sanctionnent de façon plus radicale, plus rapide. Si l’entreprise ne fourni pas le service attendu, les utilisateurs vont le créer eux-mêmes ! le client entre ainsi dans l’entreprise de façon radicale. L’exemple de Légo dont le simulateur, jugé peu probant par les utilisateurs, est re-conçu par la communauté open source puis imposé à Légo qui se voit contraint de changer son service – pour son bénéfice et celui de ses utilisateurs – illustre bien l’état d’esprit et les moyens dont disposent aujourd’hui les consom’acteurs pour peser sur leur environnement.
Les débats ont aussi tournés autour des difficultés du financement de l’innovation en France notamment en relation avec la difficulté des jeunes entreprises innovantes à accéder à des marchés homogènes suffisamment rapidement (Type US vs Europe – les difficultés pour de jeunes entreprises à entrer dans des grands comptes en France ont aussi été évoquées
) et autour du cadre fiscal actuel (JEI / CIR / OSEO-AII). La seule alternative pour l’entrepreneur français étant de vendre rapidement sa société avant d’être englué dans l’administrationnite française.
La deuxième partie des débats, consacrée à l’innovation collective vs la créativité individuelle à laissé le terrain à l’expression de grandes vérités comme les définitions de l’innovation incrémentale, par l’usage et de rupture, la nécessité pour les grands groupes de telco de “survivre” par l’innovation, le passage d’une organisation produit à une organisation régionale pour être plus proche des utilisateurs, pour casser les clivages entre marques, pour développer des convergences et enfin poser l’axiome Technologies + Usages = Innovation > Valeur … sachant que l’usage détourne souvent la technologie, l’équation est donc loin d’être systématiquement gagnante !
Bref, tout le monde s’accorde à dire que l’innovation qui rencontre le succès est le produit de multiples facteurs (vision, conviction, motivations, écosystèmes, chance) dont la pondération est largement inconnue.
Enfin, Philippe Lemoine, grand prêtre de la FING, à clôturé les débats brillamment en remettant tout cela en perspective (j’espère que son intervention à été filmée, c’était très interessant !). QQ notes :
Assemblée bien conformiste (costards cravates ; majorité masculine) pour parler d’innovation vs réunion TED aux USA
L’adressage IPV6 va permettre de créer autant d’adresses sur Internet qu’il existe d’atomes sur la terre (vertigineux !)
4 points majeurs de notre société de l’information :
A/ 50% de l’humanité à moins de 25 ans – voir “les temps changent” – c’est la génération la plus nombreuse de tous les temps !
B/ La France est très en avance dans l’essaimage de l’informatique grand public avec des performances excellentes dans le e-commerce quasi supérieures à celles des USA. Tous les indicateurs montrent une avance de la France (Blogs, Wikis, Second Life) sur l’usage des TIC qui évoluent à 2 vitesses, une dans l’entreprise (lente), une dans le grand public (rapide).
C/ Une société d’alliances : Les entreprises sont de plus en plus sollicitées par leur environnement pour s’impliquer sur les enjeux sociétaux (climat, écologie, santé, épidémies, lutte contre la pauvreté, éducation …), c’est ce que l’on appelle le “Corporate Social Responsability”. Aucun état n’a seul les moyens de réaliser qq chose et l’action à travers des coalitions est la seule probante aujourd’hui (états, entreprises, ong, associations …).
D/ La notion de Valeur Ajoutée change de main et les consommateurs s’en emparent
La France est très en avance dans le domaine du Web 2.0 (Netvibes …) et dispose d’atouts considérables (tempérament révolutionnaire et militant) et d’autant de freins relatifs à un certain conformisme social …
Une matinée sympathique !